Nous vous l’avions appris en son temps, notre amie Agathe LESAGE a connu quelques désagréments avec un escabeau particulièrement maladroit, cause d’un séjour à l’hôpital pour une opération suivie de quelques mois de rééducation.
Elle nous conte aujourd’hui sa mésaventure par le menu avec son humour habituel, peut-être une façon d’exorciser des moments douloureux lourds de conséquences.
LA CHUTE
Objet: chute d’escabeau
Date: 28/02/11
Heure: 11 h 40
Lieu: Boussens : rénovation peinture d’un local technique EDF (premier jour des travaux)
Climat: 10 cm de neige, mais…
…le danger n’était pas dehors sous la neige…
Mon âme a dû flotter quelques instants au-dessus de mon corps : je me vois clairement étalée au sol entre les pieds de l’escabeau duquel je suis tombée. Puis très vite un long et sinistre hurlement : Aaahhhhh ! Je reprends ma respiration, j’halète trois fois rapidement, je regarde tout autour de moi pour vérifier où je suis, et je réitère mon cri aussi intensément. Horreur : je comprends que je suis tombée de l’escabeau et que j’ai très mal : au coude, à la jambe, c’est tout ? Ouf ! Je peux bouger les pieds, les doigts.
Paniqué à l’entente de la chute et des cris, mon collègue, qui était allé chercher un autre escabeau, arrache littéralement une clinche et me retrouve en miettes étendue au sol. Un technicien EDF est déjà en relation avec le SAMU.
Curieusement, je me sens très sereine et très lucide (mais le suis-je réellement ?) malgré la douleur. L’employé EDF veut retirer l’escabeau mais je m’y oppose : les pompiers ou le SAMU s’en chargeront … quand ils arriveront. Ah ! J’entends une sirène ! « Non, c’est la gendarmerie qui passe à toute allure », me dit-on. A ce moment, j’expérimente la théorie de l’interminable attente de l’ambulance.
J’ai mal. Alors je me remémore les quelques cours de sophrologie de préparation à la naissance : le secret est dans la respiration et dans la visualisation. Mais surtout il faut tenir jusqu’à l’arrivée du SAMU.
Il ne s’est passé que quelques minutes depuis ma chute quand tout à coup mon téléphone sonne. J’ai mon téléphone sur moi et j’arrive à l’extraire de ma poche : c’est Fred ! Je décroche. S’ensuit une discussion courte mais quelque peu surréaliste :
— Allô, c’est moi. Ça va ? me demande-t-il.
— Euh, oui, ça va. Je suis tombée.
— Et ça va ?
— Oui, qu’est-ce qu’il se passe ? réponds-je, légèrement énervée.
— Ben, je suis chez Aubert (magasin d’articles de puériculture). J’ai acheté un Baby-Cook et je voulais savoir s’il fallait des recharges pour la poubelle à couches. Tu sais s’il en reste ?
— ??!??…J’en sais rien (je fais un effort intense de concentration et de visualisation pour déterminer la quantité restante de recharges). Euh…
— J’en prends ou pas ?
— Oui, oui, prends-en. Je ne sais pas s’il en reste.
— Bon, mais tu es sûre que ça va ?
— Oui, oui, bon je te laisse, j’attends le SAMU. »
… Et je raccroche en laissant en suspend toutes ses interrogations et inquiétudes. Je ne voulais pas l’inquiéter mais je crois que j’ai fait pire que mieux… Le souci est qu’après la conversation le SAMU arrive. On met mon téléphone avec mes autres affaires, j’entends sonner mille fois mais je ne peux pas répondre : le pauvre ! Mais maintenant je suis totalement prise en charge et la tension retombe. On me palpe, on me parle, il y a cinq soignants autour de moi : je me sens sécurisée par leur professionnalisme. En même temps, je suis assaillie par une série de questions :
— Vous pouvez me donner votre nom et votre prénom ? »
Oui ! Ça je peux. Que je suis bête, je ne m’étais pas posé la question !
— Vous pouvez me donner votre adresse ?
La première qui me vient est celle de mes parents, mais je me reprends ! Ouf !
— Comment êtes-vous tombée ? Vous avez perdu connaissance ?
— Je ne me souviens pas de la chute, je ne sais pas si j’ai perdu connaissance, je me souviens juste que je voulais descendre, puis j’ai crié.
— Sur une échelle de un à dix, où situez-vous votre douleur ? »
— Huit-neuf, par là…
— Où avez-vous mal ?
— Partout ! Ça marche comme réponse ? Le coude droit, le genou droit. Bref, tout le côté droit !
Le choc : on me protège le cou avec une minerve… Une vague d’angoisse pointe son nez, mais je reste confiante. Les soignants le sont, alors : « Fais confiance, Agathe ! » Comme ils ont du mal à atteler mon bras, j’ai l’impression que le temps est suspendu, que ça fait des heures que je suis étalée. On ne peut pas rembobiner la cassette et revenir au moment où je décide de descendre de cet escabeau ???
Maintenant, j’entends dire : « Il y a un déplacement sous le poignet ». J’ai l’impression de m’enfoncer un peu plus dans le sol. « On ne peut pas mieux caler votre bras vu sa position, alors on va vous transporter comme ça. » Ai-je le choix ? D’ailleurs on ne me le laisse pas. J’ai envie de dire : je n’ai pas droit à un calmant ? Un peu de morphine par exemple ? Mais je n’ose pas. Alors, je reprends ma sophrologie, et puis, l’équipe des soignants est souriante et rigolote : j’arrive même à rire à leurs blagues !
En parlant de sophrologie, est-ce que l’accouchement a été aussi douloureux ? Je crois que tout « traumatisme » – la douleur, le souvenir d’une chute, d’un accident – se retire dans les oubliettes de la mémoire, comme pour mieux accepter ce qui nous arrive.
— On vous emmène à Saint-Gaudens ou à Toulouse ?
— Toulouse
— Rangueil ou Purpan ?
Réfléchis Agathe, réfléchis ! On a déjà eu cette conversation. Qu’est-ce-qu’ il faut dire ! Je vais encore donner la mauvaise réponse ! Tant pis ! :
— Purpan ! (pour la facilité d’accès…)
En état de choc, on pense à des choses bêtes : je me demande si j’aurais droit à un petit coup de sirène…
Le transport, où plutôt les soubresauts causés par le transport envoient des décharges dans le coude, même si la soignante me le soutient du mieux qu’elle peut. Je fixe le plafond, je respire, les soignants font un peu d’humour. Je n’ai aucune idée de la vitesse, ni de l’heure.
J’entends mon téléphone sonner sans cesse : ce doit être Fred ! Le pauvre, il doit être inquiet ! Mais là je ne peux pas lui répondre ! J’ai su après coup qu’il a galéré pour me trouver : il a appelé les hôpitaux, les pompiers, le SAMU, mais comme je ne suis arrivée à l’hôpital que 3 heures après ma chute, il a passé des appels en boucle, jusqu’à mon « inscription » aux urgences.
A partir du péage de Muret, la route est davantage cabossée : la rocade de Toulouse est incommodante pour un coude en miettes ! Ouf ! J’ai droit à « mon » coup de sirène : je m’en réjouis !
J’attends un peu avant d’être prise en charge par les urgences. Tous les soignants du SAMU restent avec moi, ils blaguent. Puis on me met sur un autre brancard… aïe, aïe, aïe… Et là, une autre série de questions. L’infirmière doit me couper mon tee-shirt (un tee-shirt de chantier, plein de taches de peinture et sans aucune valeur). Elle s’excuse et se fait son film : « Je suis désolée, je vais devoir couper votre tee-shirt. Oh ! Mais c’est quoi les ailes bleues ? (l’inscription sur ce tee-shirt est un slogan publicitaire pour les cigarettes ’les gauloises’) C’est le nom d’un festival certainement. Quel dommage de le couper ! »
Ensuite tout s’enchaîne : on n’arrive pas à me poser la voie veineuse, on fait l’inventaire de mon petit sac car tout doit être noté : « vous avez 3 euros dans votre porte-monnaie ». J’en suis heureuse, mais qu’en ferais-je ? On réussit enfin à me poser la voie veineuse : ça y est, je peux avoir de la morphine ! Après m’avoir enlevé la minerve, on m’ôte mon ras-de-cou. J’espère qu’on ne va pas me le voler ! Puis on me met dans une chambre en attendant de passer les radios.
Après toute cette agitation, je me retrouve seule. Fred apparaît à la porte ! Je ne suis pas si étonnée de le voir, (la morphine m’a transportée dans un état de plénitude extrême et… inconnu) il a l’air dépité, angoissé, déboussolé ! L’aide-soignante confie à Fred tous mes biens réunis dans un gros sac plastique scellé. Puis nous attendons que je passe les radios. Les fractures enfin révélées – non sans quelques difficultés et douleurs –, nous en savons plus. On m’annonce une imminente opération car le coude est cassé en plusieurs endroits, ainsi que le poignet, et, pour le genou, il y a une grave entorse avec une fissure. Je plane tellement que Fred pense que j’ai un subi un choc au cerveau. En effet, je n’ai rien retenu de ce que m’a dit le médecin sur les suites à venir. Alors on m’envoie un deuxième médecin pour me réexpliquer ce qu’il va se passer dans les minutes qui suivent : « On va vous opérer le coude et le poignet, en mettant des plaques et des vis. Mais vu que pour le coude il y aura une opération très complexe, le chirurgien réfléchit à la meilleure technique pour ma situation. Alors, soit ce soir il vous opère uniquement le poignet, et demain le coude, soit s’il trouve une solution avant ce soir, il vous opère les deux ce soir. »
Et me voilà partie pour le bloc, pour finalement une heure d’opération pour le poignet et deux heures d’opération pour le coude. Je récolte trois belles cicatrices pour un seul bras !
Puis s’ensuit le passage au service de traumatologie, et enfin le retour à la maison avec son lot de pansements, de séances de kinésithérapie, de choses impossibles à exécuter (Porter Paul, le changer, ouvrir boîtes et bouteilles, écrire – Eh oui ! Je suis droitière –) et quelques mois de repos.
Après cette satanée chute, reste l’espoir de récupérer l’intégralité de l’usage de mon bras (et de mon genou) !
Et on m’a bien prévenue : désormais, je vais forcément sonner au contrôle dans les aéroports…
Agathe LESAGE
Notre amie Agathe nous a confié qu’elle s’entraînait actuellement pour une nouvelle cascade depuis la grande échelle des pompiers, avec double salto arrière vrillé en épaulé jeté et réception sur l’index de la main gauche…
Euh… Agathe… Fais gaffe quand même !